Louis Nicolas Lespinasse, Traité du lavis des plans appliqué principalement aux reconnaissances militaires, 1802

Dès les premières pages, l'auteur, chef de bataillon et membre de l'académie de peinture et de sculpture, précise la visée qu'il entend donner à son ouvrage : il souhaite proposer des améliorations à la pratique du dessin et de la carte topographique.

Pour l'auteur, qui écrit au début du XIXe siècle, il est indispensable de représenter non seulement les éléments géométriques des constructions humaines mais aussi les éléments de la nature. Le but n'est pas de réveiller l'artiste qui sommeille dans chaque ingénieur militaire mais de rappeler qu'il reste important de respecter les règles du dessin à travers la tradition léguée par le traité de Nicolas Buchotte..

Ce qui distingue le traité de l’auteur des précédents déjà abordés, c'est la distinction qu'il choisit de faire entre deux genres : le genre fini et le genre heurté.

 

Le genre fini

 

Le genre fini reste dans la lignée des précédents abordés : la couleur doit être transparente, et s'approcher le plus possible de la nature. C'est le trait qui doit être réalisé en premier, au crayon ou à la plume, puis au pinceau. Différentes techniques peuvent être utilisées selon les objets représentés. Le tracé doit être minutieux et appliqué : on doit par exemple être capable de distinguer les essences des arbres représentés et ne pas oublier d'appliquer les ombres (la lumière vient traditionnellement de la gauche). Une fois le trait exécuté, on contre-colle sur un carton la feuille de papier, puis on pose les premières et secondes teintes (en respectant les maximes), sans hésiter à modifier la couleur si cela ne correspond pas à l'effet escompté. Ce genre fini porte son destin dans son nom : il va peu à peu laisser place à la sobriété du genre heurté.

 

Le genre heurté

Aisne, Plan et nivellement du plateau compris entre Maizy et le moulin de Villers en Prayère, 1836 Aisne, Plan et nivellement du plateau compris entre Maizy et le moulin de Villers en Prayère, carte de Marcilly, ingénieur en chef, 1836. Archives nationales, CP/F/14/10049/1/10.

 

Le genre heurté est réservé aux cartes réalisées promptement, et qui ont une visée plus pratique qu'artistique. Cette distinction des genres est intéressante dans le sens où elle autorise et légitime l’existence de cartes à visées utilitaires, réalisées sans aucune fioriture artistique. Elle est initialement utilisée pour les opérations de reconnaissance militaire par exemple, parfois dans des conditions difficiles. Il s'agit d'un dessin au crayon repassé à la plume et au pinceau, réalisé sur 1/8 de feuille de format aigle. Ce type de production ne comporte pas de bordures pour permettre l'assemblage de plusieurs cartes.

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